Hier j'ai participé à un atelier des Amis : Voir et regarder. Pierre Ricco' l'animateur, il nous a montré une série de diapo qu'il nous a commenté.
Tout d'abord, il y a eu retour sur la visite de Lyon que je n'ai pu voir sur l'exposition Repartir à zéro avec des oeuvres de Pollok Rothko.
L'idée est qu'après la seconde guerre mondiale en 1947 – 1955 des peintres on redécouvert l'art, la peinture. Mais part-on vraiment de zéro ? On déconstruit les projets des artistes précédant pour bâtir une nouvelle œuvre. Ou alors si l'on crée quelque choses de nouveaux, le cubisme, l'abstrait, il se peut que l'on soit plusieurs dans cette voie, sans avoir forcément connaissance des avancées de l'autre. Ainsi un cubisme russe s'est développé à l'abri du rideau de fer. Il ressort de la discussion que plusieurs mouvements sont représentés, il ne faut pas forcément chercher un lien entre eux.
Voir et regarder : pour moi, je mélange les deux termes, j'ai été chercher leur définition :
Voir : examiner, se représenter mentalement ….
Regarder : être orienté dans une direction, assister en observateur
La première vue qu'il nous montre est un paysage, puis on passe à une partie d'un tableau d'un peintre italien, il faudra que je retrouve son nom, qui nous montre une table d'apparat avec profusion de fruits bien disposés dans de beaux plats, on pourrait penser à des fruits glacés tellement ils sont beaux et propres. Pas question de montrer un fruit avarié, comme dans le Bacchus du Caravage. Les coupes sont bien disposées. Pierre nous a d'abord montré la moitié d'un tableau, il y manquait un équilibre, avec le tableau présenté dans son entier, une certaine harmonie emplit la toile.
Puis on nous montre une nature morte de Cézanne avec des pommes, des poires, un panier remplit de fruits. Il nous invite à voir comment sont représentés les fruits, avec un flou, des couleurs. On peut les reconnaître, les sentir, les goûter. Il nous montre comment la nappe blanche donne du mouvement, comment le blanc diffuse vers le reste du tableau et les éléments (fruits, couteaux, objets) de la toile s'interpellent les uns les autres. On voit comment la disposition des fruits, de la table, du panier sont un défi à l'équilibre et donne le mouvement, la vie.
Dans le précédent tableau italien la réalité est la somme des objets disposés avec un certain équilibre mais sans interaction, dans le Cézanne le peintre regarde pour nous à plusieurs niveaux de profondeurs ce qui créé déséquilibre et mouvements.
Le passage de l'une à l'autre des natures mortes montre l'opposition entre les deux œuvres. Les fruits objets immobiles dans la première, le goût du fruit, la sensation dans la seconde. De cela on ne peut conclure que la première est nulle et le Cézanne génial. Chacune correspond à un projet (une commande pour ce qui est du tableau italien) du peintre qui le fait avec le niveau de connaissance de son époque et son génie propre.
Plusieurs natures mortes nous sont encore montrées puis on passe à des paysages de Van Gogh. L'un est très frappant, des oliviers tortueux au premier plan, des collines bleues et un ciel d'un bleu très brumeux. Avec quel point de vue le voir ? Si je me souviens des oliviers "romains" sur la route de Valbonne à Grasse. Ils sont bien tortueux, mais pas aussi noirs et les collines ne sont pas bleues !
Avec mon réalisme de base, les oliviers sont verts, les collines rouges et arides, le ciel peut être, à la rigueur, brumeux à cause de la chaleur. Pas question de déroger ! Van Gogh a choisit de faire des collines bleues, est-ce une expression artistique, un parti pris délibéré de l'artiste qui décide qu'entre entre le ciel brumeux et les oliviers noirs c'est un bleu plus soutenu qui convient ? Est-ce la souffrance de l'artiste, sa maladie mentale qui lui font représenter des collines qui se tordent et des oliviers écorchés ? Le bleu représentant la froideur, la profondeur sans fin de sa détresse. Il ferait un transfert vers son paysage.
Devant un tableau, on devrait envisager ses différents points de vue et pour chacun il faut apprécier le génie de l'artiste à utiliser la matière, à faire vibrer, exprimer les couleurs. La lumière fait que l'ensemble se déplace, le vert est distribué, le blanc se répand
Ricco' cite : Le réel est le couple que nous formons avec le monde (dans ce réel là, il y a une belle part de subjectivité). Le style du peintre donne sa relation au monde. On doit se demander en quoi cette relation me fait voir ce que je n'ai pas vu. Dans le cas de Van Gogh, cette relation proposée par le peintre peut être un drame.
L'objectif est d'être surpris, si la surprise n'existe pas j'ai perdu mon temps.