vendredi 6 juin 2008

Elie Faure : des extraits

Une lecture :
L'esprit des formes 2 d'Elie Faure.

Elie Faure a écrit des livres sur l'histoire de l'art, L'esprit des formes. Dans ces livres, il offre une vision de démiurge sur l'art comme expression de l'être humain à réaliser l'inutile, i.e. le non fonctionnel. Une abeille construit sa ruche de manière à être utile. Efficace. L'homme peu de même être efficace dans un geste technique, un robot, un avion, un ordinateur comme l'abeille avec ses rayons, la nature dans un coquillage. Mais il peut en plus réaliser un geste beau, équilibré. Je vais essayer de reformuler le propos d'Elie Faure : s'appuyant sur la nécessité architecturale, l'équilibre de la structure et en y intégrant la beauté de la forme englobant la structure calculée ou calculable, l'homme va produire quelque chose de beau. Geste dans lequel, il exprimera la sensibilité, les sentiments qui l'habitent pour atteindre la sensibilité de l'autre pour établir un pont, un lien entre deux humanités. Une autre manière de communiquer.

Elie Faure analyste de manière panthéiste toutes les expressions artistiques primitives ou précédent l'époque actuelle : les civilisations noires, khmères, indiennes, grecques pour montrer comment elles sont restées bloquées à un stade de développement, incapable d'aller plus loin dans l'expression de l'artiste. Il montre comment les artistes européens et particulièrement les impressionnistes ont été capables d'exprimer tous les degrés de la sensibilité avec la richesse de la peinture. Avec des talents aussi variés que ceux de Renoir, Cézanne, Matisse et Picasso pour ne citer que ceux là.

Je vais extraire de L'esprit des formes 2 quelques phrases pour tenter de l'illustrer.

Page 72 fin :
"La sculpture, ainsi, meurt dès qu'elle veut sortir de sa fonction qui est de définir la structure de l'objet, comme celle de l'architecture est de définir la structure de la société, comme celle de la peinture est de définir la structure de l'individu, comme celle de la musique est d'assurer le passage de l'individu vers la société. Le champ d'oscillation de la sculpture entre l'architecture et l'individu reste immense …. A condition qu'elle ne perde pas de vue la force qui assure la gravitation de ses surfaces expressives autour de son principe architectonique central.. ".
(Note du scribe : Je sais, il faut s'accrocher un peu mais cela se tient ..).
En page 77, il analyse :
- C'est ainsi que la sculpture hindoue n'est jamais sortie d'une mobilité éternelle où la forme, le corps social, l'individu fusionnent et communient dans l'architecture, la peinture, la danse et la musique confondues. (Nds : De cet amalgame ne se dégage pas de lignes de forces formant un geste artistique significatif, capable d'exposer des sentiments multiples.
- C'est ainsi qu'on verra la sculpture médiévale française participer, avec l'architecture même, à un mouvement unanime et profondément émouvant vers la peinture parce ce qu'elle ne cesse jamais de pressentir, en Occident, l'apparition de l'individu (27) fig ??? 30, 53
- C'est ainsi qu'on verra ce même esprit se fixer, avec une clarté indicible, dans la sculpture cambodgienne, où l'unanime communion est plus étroite encore, plus ordonnée et rationalisée, et où les Apsaras répètent le miracle égyptien non plus dans l'immobilité mais dans le mouvement, par l'apparente symétrie des deux ailes de leur danse, qui n'est que perfection dans l'équilibre rythmé (Nds : Particulièrement, sur le site d'Angkor Vat, et de manière plus envoûtante, expressive, rythmée, qu'avec la sculpture hindoue qui s'alourdie dans les fumées des crémations du Gange ).
- Puis Faure évoque la sculpture chinoise et mexicaine, (Nds : j'ai du mal à comprendre, peut être qu'il n'a pas réussit à faire une analyse aussi pertinente de ces civilisations moins connues de lui.
- Chez le Nègre, (fig 31 ??) dont les indications architectoniques, (Nds architecturales …) de la sculpture sont plus rudimentaires, mais peut être plus accusées, quelque chose d'assez différent se produit : les tons brûlants dont ils barbouillent définissent une individualité brutale, impulsive, candide, mais plongée dans le corps social qui n'exerce aucun frein sur elle. … L'art noir modèle dans ses idoles, ses bijoux, ses armes, la réalité rythmique qui le caractérise avant tout. Il est … d'un réalisme farouche, qui accentue jusqu'à la caricature les dominantes essentielles de l'objet, définissant tel oiseau par le bec (Nds : ou les ailes, cf les armes de jet de la collection Buttin), tel fauve par la mâchoire, telle femme par la croupe ou les mamelles, tel homme par le mufle projeté en avant avec l'innocence du désir entière, de la faim ou du désir. Mais il ne s'occupe jamais de la "vérité" descriptive comme l'art européen … c'est à dire des rapports anatomiques moyens des diverses parties de l'objet. La stabilité immémoriale des civilisations noires se traduit immédiatement dans ces sculptures rudimentaires, en ce que jamais, à aucune époque … on ne peut découvrir en elles la moindre velléité d'évolution vers l'un des pôles d'expression collectif ou individuel d'expression de l'artiste. De ce point de vue leur art est plus libre encore que celui des Hindous, même peu-être des Aztèques. … Il n'y a plus que des rapports rythmiques. Les bras, les jambes peuvent être raccourcis, allongés, voire supprimés, les organes, les accidents, les plis du visage disposés sans respect pour leur fonction naturelle, l'ivresse musicale … découvre au spectateur une réalité seconde absolument neuve. Les masses plastiques se disposent … avec la liberté qu'apporte le musicien dans la conception et l'expression de l'ordre qu'il impose aux masses sonores. … Il est des œuvres d'art plus hautes, mais non pas des plus authentiques que celles-là qui suffiraient à définir l'essence de l'œuvre d'art (Nds : par le détournement du corps de l'animal, de la génitrice, du guerrier, l'artiste africain impose à l'objet un rythme venu de la danse : art primale. L'objet devient un moyen d'incantation, d'intercession des dieux et aussi d'expression vigoureuse).

La peinture … c'est l'individu qu'elle exprime, par son pouvoir de restituer, à l'aide des combinaisons innombrables dont elle dispose – contrastes, oppositions, mélanges complémentaires, lumière, ombre, demi-teintes, valeurs, reflets, passages – la complexité de l'âme humaine … et des composantes éternelles ou fugitives qui nous la livrent (Nds : ouf ! et encore j'ai pas tout repris !!).
- page 86
La peinture exprime le passage subtil, essentiel et multiple de la sculpture à la musique.
- page 99
Les enfants les plus jeunes dansent. Les animaux dansent. Partie du besoin de rythme le plus élémentaire, celui qui pousse à frapper en cadence le sol alternativement de l'un et l'autre pied, j'imagine que la danse a précédé la musique même et l'architecture. La musique … a été crée pour accompagner la danse primitive que rythmaient, tout d'abord, le battement des mains et les cris des spectateurs. (Nds : je m'interroge, il place l'architecture avant la peinture et la sculpture ? Et les peintures rupestres qui représentaient de façon magistralement abstraite les gibiers dont ils se nourrissaient et les prédateurs à qui ils voulaient échapper par des incantations chamaniques ? Et les sculptures avec la dame de Brassempouy, la Venus de Lespugue pour ne citer que ces deux œuvres d'une beauté qui traverse les civilisations et les millénaires ? L'art africain est le prolongement naturel, accentué par le rythme, de l'art rupestre. L'architecture qui intègre la compréhension de l'interaction des forces et demande un effort d'abstraction n'a pu venir que tardivement).

Il n'est pas pour Alex

Vers Toulouse, à ne pas faire lire à Alex

Dans le TGV vers Toulouse, je bénéficie, pour quelques euros de plus, des joies de la première classe. Un peu marri de constater que je ne suis pas le seul à profiter des promotions de la SNCF dans ce train qui va de Dijon à Bordeaux. La campagne est bien verte, les pluies de ce printemps 2008 n'ont pas que des inconvénients. Par contre je suis dans une rame TGV ancienne formule, il n'y a pas de prises électriques à ma place. Je vais réclamer !
Je suis bloqué dans le TGV, pour peut que ma batterie fonctionne bien, je vais pouvoir aligner quelques phrases..

Nous arrivons en Gare de Valence. Leur IUT dépendait de l'Université de Grenoble, ils étaient raccordés sur nos machines, de gros ordinateurs par la taille et par la puissance pour l'époque. C'était vers 1973, nous étions un centre scientifique IBM, Il y en avait deux en Europe. On arrête cette référence nostalgique au passé. Ce qui se passait il y a à peine plus de trente ans est totalement préhistorique. On utilisait des cartes perforées et des listings à bandes caroles qui faisait le bonheur des maternelles. Vis à vis d'Alex, un expert en web, je vais garder un voile bien opaque sur les techniques informatiques de cette époque, afin qu'il garde un minimum de considération pour son "joli papa".

Arrêt prolongé en gare de Nîmes … Un incident sur la voie. Les passagers assez expansifs, on est dans le Sud, parlent d'un suicide. Comme sur les lignes du métro parisien. Cela manque d'imagination. Un palmier bien taillé qui passe dans mon champ. .

Gare de Montpellier, j'étais venu dans cette ville à la fin de ma maîtrise d'informatique. Il y avait un centre IBM, (il doit toujours exister ?), on y fabriquait des grosses machines qui ne tenaient pas dans une salle de bal ! Ce serait amusant de comparer leurs puissances et la taille de leurs disques avec celles de nos micros actuels (cf paragraphe ci-dessus, ne rien dire à Alex !) J'étais venu à Montpellier donc pour y passer des tests d'embauche chez IBM, la Boite informatique mythique de l'époque . De vieux tests … Toujours est-il que mon interviewer avait conclut qu'il était préférable que je ne fasse pas d'informatique ! Il avait certainement raison, mais je venais de terminer ma maîtrise. Je n'allais pas m'orienter vers autre chose. Je n'ai jamais été une tronche dans cette science mais je ne l'ai pas regretté, bien que certaines périodes aient été plus difficiles que d'autres.

Beaucoup de vignes … Des grues portuaires ?? C’est Sète !!! (comme on dit à Roland !). On ne s'arrête pas. Adieu Brassens et Valéry ..

Une grue, un oiseau (!) toute blanche ?? Un palmier mal taillé, cela me rappelle ceux de la villa de mon grand père paternel !! On traverse une rivière avec un beau clocher occitan. C'est Agde .. .. puis Béziers . Il est vingt heures. J'ai loupé l'identification d' un oiseau, ce n'était pas un corbeau, ni un merle.

Le train continue vers Toulouse. Dans mon job au Centre de Calcul de Grenoble, à la fin des années 1970 et début des 1980, nous étions en contact avec les autres grandes universités françaises. Un réseau universitaire auxquelles se rattachaient des centres de recherches (IRIA, CNET, Polytechnique) formait une préfiguration du réseau Internet. A Grenoble, c'était l'IMAG (Institut de Mathématiques Appliquées de Grenoble) où l'Informatique naissante était une science en avance par rapport à ce qui se faisait dans les autres Universités. Nous avions des machines en avance par rapport aux autres, en particulier un système appelé Multics, l'ancêtre d'Unix. Il venait d'Amérique, j'ai comme cela pu aller participer à un congrès américain. Nous étions impliqué dans un réseau de recherches, dénommé Cyclades, qui aurait pu être comparé à Internet Mais en plus de leur compétence et de leur taille, les Américains sont capables de réalisme économique, ils ont facilement imposé Internet. Tout ceci pour dire que j'avais des contacts avec mes collègues, chargés du réseau, dans les autres Centres de Calcul. Je suis venu en réunion à l'Université Paul Sabatier à Toulouse. Encore un soupir.

Gare de Narbonne. Un beau ciel. Des pins parasols. Des Ifs. On est dans un pays sympa. Des éoliennes. Est-ce laid ? Cela passe .. J'ai eu des nouvelles de Tub, tout va bien.

Le lendemain, 30 Mai

L'expédition via transports en commun à Péchabou dans la banlieue de Toulouse s'est bien passée. A en croire certains de mes interlocuteurs, interrogés par téléphone, arriver à Péchabou semblait être pire que d'aller chercher la pauvre Betancourt dans sa forêt colombienne, en fait j'ai eu une marche à pied d'une dizaine de minutes le long d'une nationale bordée de platanes, faisable. Le lotissement est à peine fini, ils sont en retard pour les espaces verts mais c'est à cause du temps pourri ! Pour le reste, c'est correct. C'est une maison de 4 pièces à un étage, mitoyenne avec deux autres qui l'entourent. Il y a un petit problème sur le sol du garage. Je vais voir dans le cahier des charges du produit ce qu'ils disent. Il semble que la villa est déjà louée. C'est là le point crucial : que la maison soit toujours louée pour assurer l'équilibre financier de l'opération.

De retour dans le centre ville qui doit être à ¾ d'heure de Péchabou, j'ai pris un cassoulet en pensant à mon père qui en rêvait à Fès. Comme c'était du vrai cassoulet de Castelnaudary, je n'ai pas discuté. J'en ai pris deux parts pour Claude et Juliette qui me gardent Tub, j'espère que cela leur plaira.