Un treek en Atlas
Ce texte a été revu et corrigé avec ma fille Clémence. Grand Merci à elle.
Le Samedi 2 Avril 2011,
Orly Sud.
L'embarquement se passe bien, il fait beau. Clémence a laissé ses enfants à leur père. Tout va bien pourvu que ça dure. J'ai juste oublié la monnaie dans la poche de mon pantalon au passage du contrôle de sécurité et j'ai fait sonner le portique. L'agent de la sécurité s'est un peu vengé en me faisant enlever mes chaussures, la poche ventrale où j'ai mis mes sous et mes bretelles !
On est arrivé sans encombre à l'aéroport de Marrakech, le guide Lhoucine nous y attendait, il nous a amené dans une ryad : une maison d'hôtes à l'intérieur de la vieille ville. On échappe à un hôtel et sa multitude. La maison est bien typique avec un toit qui ouvre sur la ville avec vue sur la Koutoubia. Nous sommes bien installés, chacun peut dormir dans une pièce. Après un thé à la menthe que l'on nous offre nous allons visiter la ville et ses souks.
Clé voudrait me faire visiter les palais, malheureusement ils ferment à 16 h 30. nous nous rabattons sur les souks. Nous ne sommes pas harcelés. Juste Clé s'est fait faire un dessin sur la main au henné à l'insu de son plein gré. Mais elle a été ferme sur les prix.
Assis sur un banc de la place des ferblantiers il y a des hauts murs devant nous avec des nids de cigogne et … des cigognes !! On me dira plus tard qu'elle ne migrent plus. Peut-être qu'on leur a rogné les ailes comme en Alsace ? A voir.
Quelques petites informations : le temps est beau, pas trop chaud. Le dirham vaut environ 10 centimes d'euro. Et nous changeons d'heure demain matin. Ce qui fait une différence de deux heures avec la France, j'allais dire la métropole. Ah ! L'heureux temps des colonies ! Heureux parce que c'était celui de ma jeunesse perdue ou celui de la vie facile pour les Français ?
Demain, on passera à la nouvelle heure, mais notre guide pour son organisation reste à l'ancienne ! Impérial, il dit que c'est l'heure du soleil. Je suis perdu, d'autant plus que mon Iphone renâcle à accéder aux réseaux locaux.
Dans les souks, on pense à des cadeaux pour le retour, surtout Clémence. Il y a beaucoup d'artisanat et aussi des objets pour décorer les maisons achetées par les Français.
De l'avion nous avons vu des programmes de construction et à l'aéroport des publicités pour des maisons avec jardins et piscines près du golf pour 250.000 euros.
Dans les souks, couverts on est un peu confinés, nous sommes content d'en sortir et de nous reposer à terrasse d'un café. Dans une rue, un marchand me propose à voix basse des aphrodisiaques, tiens ils ne sont pas encore passés au Viagra ?
Pour le repas, nous allons dans un restaurant le Dar Mimoun que Clé connaissait d'un précédent séjour. On y a bien mangé pour pas cher. Des joueurs de cithare égrainent des notes. Clé, qui a de sérieuses références cinématographiques, se souvient de Dujardin dans OSS 117 jouant de la cithare.
En sortant du restaurant, il fait nuit. Nous repassons par la place Jemâa El Fna , elle est plus animée. Les kanouns, (petits poêles à charbon), des marchands de brochettes exhalent des flots de fumées. Non loin il y a des marchands de glaces et autres douceurs, des dresseurs de serpents, mais là il faut payer pour la photo ! Un jeu de pêche à la ligne a beaucoup de succès auprès des marocains ! La Koutoubia est éclairée dans le fond pour compléter la carte postale.
Sur la place un rabatteur nous accoste. "Pourquoi Sarkosy a de belles couleurs ?? …. Réponse : Parce que Carla brunit !!".
Au moins on aura apprit des choses durant ce voyage !
Le Dimanche 3 Avril N1,
La nuit se passe bien, on entend des chants très tard dans la nuit. Le muezzin appelle à la prière vers 4/5 heures. Le matin, nous prenons le petit déjeuner sur le toit, parfait mais nous devons mettre une petite laine le ciel est couvert.
Nous rejoignons le groupe qui est hébergé dans un autre ryad, je préfère le notre à priori ! Nous avons un transport en minibus vers le point de départ de notre treek situé au delà d'Ouarzazate dans la vallée de l'Oued Dades. Le groupe est sympathique mais quelque peu bruyant ... Ils viennent principalement d'Evreux en Normandie, il y a vingt et un personnes en tout, ce qui fait quand même beaucoup. Mais ce sont de bons randonneurs et quand nous avons eu des difficultés avec le vent ils ont eu un bon comportement. Le contact s'établit pendant le trajet et les haltes que nous faisons, Clémence facilite notre intégration.
Sur la route des paysans font des signes pour vendre des morilles récoltées dans les environs. Lors d'une pause, nous visitons un magasin de produit diététiques à base de graines d'argant dont une huile est extraite. Elle contient des Omega 3 et 6, ce serait bon pour moi cela.
Lors d'un arrêt à Ouarzazate, nous cherchons désespérément des dés pour jouer au yams. Impossible à trouver, je questionne les marchands à qui j'ai bien du mal à expliquer ce que je recherche, l'un d'eux me propose tous une panoplie de jeux pour enfants, dont des rubicubes !
Pour la pause déjeuner, on s'arrête au bord d'un lac artificiel nous ne pouvons faire halte à l'endroit prévu parce qu'il y a le tournage d'un film, chose courante dans la région. Un peu plus loin nous pourrons nous installer en face du "Royal Golf Club de Ouarzazate". A voir les étendues pierreuses, je me demande où sont les greens ?
De la route on voit des ânes. Clémence se rappelle qu'elle voulait que l'on photographie tous les ânes lors de notre précédant voyage en 1986. 25 ans déjà !
Nous faisons une première petite marche à partir d'un village nommé El Bour en traversant des jardins et champs cultivés. Les murs des maisons sont construits en pisé. On voit aussi des murs en torchis, sorte de crépis fait d'un mélange de terre et de paille : des modes de constructions chers aux écologistes.
Ce sont des mules qui portent nos bagages et l'intendance. Une douzaine de mules qui peuvent porter 200 kilos, alors que les dromadaires peuvent aller jusqu'à 350 kilos. Elles sont bien traitées et ne portent pas de charges trop lourdes.
Dans le groupe des muletiers, l'un deux m'a tout de suite appelé "Chibani". Ce qui veut dire vieux, mais dans le sens vieux sage. Alors je peux accepter, bien que je ne sois pas vieux du tout !!
Le lundi 4 Avril N2
Au bivouac, nos tentes ont été montées par les muletiers. Le lendemain nous tenterons de démonter la tente, avec quelques difficultés. Heureusement, un de nos voisins compatissant nous aidera à intégrer notre tente correctement pliée dans son sac, dont il faut bien dire qu'il est minuscule.
Vu le terrain qui s'annonce pierreux je mets mes grosses chaussures de montagne. Le temps n'est pas très beau, il y a un méchant vent qui souffle. Nous nous consolons en nous disant que sans cela, il ferait chaud, trop chaud.
Quand je marche je regarde volontiers par terre, encore qu'il serait préférable d'avoir le nez en l'air pour profiter du paysage. C'est ainsi que j'ai trouvé une pierre taillée ! Un monoface, bien usé par les intempéries, il porte de nettes marques de taille avec même un tranchant sur un seul coté. Elle est peut être de facture relativement récente. Ce qui m'intrigue c'est que cela soit un monoface : peut être pour un usage particulier ? Le lendemain, j'en trouverais une autre, plate de la taille d'une grosse pièce de monnaie : pour dépecer les bêtes ?
Le vent était fort ce matin, mais l'après midi, il a bien forcit. On était parfois bousculé par le vent qui nous arrivait en pleine face. La marche était difficile, d'autant que le terrain était encaillassé. Le groupe a bien tenu.
A l'occasion d'une halte, je me souviens de tout l'intérêt de l'expression : "Il ne faut pas pisser contre le vent !". Le vent ne faiblit pas, une sorte de brouillard de sable occupe la vallée.
Arrivés au bivouac, les tentes n'étaient pas montées. Seules les deux grandes tentes où l'on mange, ont pu être montées. Nous passerons la nuit dedans à vingt et une personnes. Je redoutais un peu, mais cela s'est bien passé.
Le Mardi 5 Avril N3,
Le vent a nettement diminué. En dessous de notre campement, une ferme-bergerie dont les murs de pierres sèches suivent les contraintes du terrain. Les murs sont construits pour protéger les cultures des biquettes voraces.
Dans une montée, on croise un homme sur son mulet. Il me revient le souvenir d'un rifain (berbère de la montagne du Rif) qui avançait très digne sur son cheval avec sa femme qui suivait péniblement en portant des fagots de bois mort.
Au bivouac, je vais voir la responsable d'un gîte d'étapes pour recharger la batterie de mon appareil de photos. C'est une femme belle, avec une dentition magnifique, Zarah.
En discutant avec des gens du groupe, je découvre que d'autres sont aussi nées au Maroc et y ont passés une partie de leur jeunesse.
Comme moi leur rapport avec le Maroc sont un peu compliqués. Certains de leurs parents ont rejeté le pays, pour d'autres c'est une immense passion à l'évocation des années passées. Pour moi, j'ai été sous l'influence d'un grand père paternel, grand colon de droite, qui était contre l'indépendance du Maroc et celle de mon grand père maternel qui prônait l'émancipation. A moi de démêler tout cela. Mais on ne peut empêcher le droit des peuples à disposer d'eux mêmes.
Je vois que me revienne les mots qui ont marqué ma jeunesse : droit des peuples, émancipation, indépendance .... Allez, on tourne la page ....
Le soir, Lhoucine organise avec ses hommes des danses berbères. Le rythme des tambourins est entêtant.
Il y a trois chansons récurrentes :
- un chant "obligatoire" de remerciements au village qui nous reçoit et assure des bonnes intentions des voyageurs,
- un chant sur la communion et l'amitié entre les êtres humains,
- un chant sur la famille et les proches.
Il nous dit souvent : "Faites ici comme chez vous, mais n'oubliez pas que vous êtes chez nous". Elle peut s'appliquer de manière plus générale ?
Le Mercredi 6 Avril N4
Vu l'encombrement de notre chemin par d'autres groupes, Lhoucine préfère nous faire faire une boucle pour aller voire un autre village Aimagan.
En partant, nous longeons un cimetière musulman. Lhoucine nous explique les rites funéraires berbères. L'enterrement se fait à même la terre, dans un trou peu profond de vingt centimêtres de large. Le corps est disposé dans un drap. Ceci est fait dans un délai rapide après le décés. Le lavage du corps est fait par l'imam si il s'agit d'un homme. Certaines femmes "sans coeurs", avec un caractère dure comme celui d'un homme, s'occupent de la toilette mortuaire des femmes. Pendant que Lhoucine nous parle une huppe fasciée passe au dessus de nous.
Il est prévu un repas chez l'habitant. D'abord il y a la cérémonie du thé, à partir de thé vert Gun Powder, venu de Chine. Pour faire court : le makrout, grosse bouilloire , attend sur son kanoun, les théières sont rincées. Puis avec une première infusion avec peu d'eau, on extrait l'âme du thé qui est réputée amère. Puis vient une deuxième infusion. Enfin on rajoute la menthe nana du Maroc. Le thé est fait avec un gros morceau de sucre qui provient d'un pain qui doit faire deux ou trois kilos et, de mon temps, était enveloppé dans un papier bleu.
Après avoir dégusté le thé de bienvenue, nous passons au repas servit sur des tables basses. Nous même sommes assis sur des tapis.
On nous propose un repas typiquement berbère, un tajine aux légumes : carottes, pommes de terres, courgettes, aubergines bouillis puis mijotés dans le plat à tajine avec des morceaux d'agneau le tout saupoudrés d'épices, en particulier du coriandre. Là où cela devient magique c'est que le plat est mijoté jusqu'à ce que le fond caramélise. Nous étions quatre sur un malheureux plat qui a été rapidement liquidé. Décidé à continuer, nous avons même terminé le plat de nos voisins qui ont chipoté, ils ne savent pas ce qui est bon. Pour terminer une orange. Et du thé.
Là dessus nous enchainons avec une bonne sieste. Le retour au bivouac se fait tranquillement par les jardins. Juste une mule qui a pété les plombs, elle s'est débarrassée de sa charge.
Le Jeudi 7 Avril
Une bonne journée se prépare avec un franc soleil, aujourd'hui, c'est notre dernière journée de marche. Nous devons suivre les bords de l'oued Assif el Oati. Chacun utilise des chaussures adaptées. Décathlon a vendu aux membres du groupe des sortes de petites chaussons en plastique de toutes les couleurs. Clémence mettra des sandales et moi je soigne un look rétro avec des guêtres que je passe sur mes grosses chaussures de marche. Et ma foi, cela se révèle efficace je peux traverser sans problèmes dans l'eau jusqu'en dessous des genoux et je peux bien marcher sur les berges du torrent pleines de galets.
Après cette marche aquatique, nous visitons une kasba, maison forte d'un chef de tribu qui permet de repousser les attaques des autres tribus. La petite fille des gardiens fait "la chitane" et ne se laisse pas photographier. Lhoucine me dit que pour une fille on dit : Chitana ! Cela veut dire Chipie.
Nous traversons des jardins sur des murets bordés de roses qui vont éclore à la fin du mois. Il y a aussi des figuiers et des cognassiers dont je reconnais bien la fleur. Après le repas au bord de l'oued, je fais une courte sieste sur une berge. J'ai été dérangé par un couple de bergeronnettes jaunes qui me nargue à deux pas ! Je me suis précipité vers mon appareil de photos mais elles étaient parties ..... Les chitanes !!
Le dernier soir nous serons dans un gîte. Lhoucine parle volontiers après notre repas devant un verre de verveine.
Le sujet du jour porte sur les critères de beauté des femmes berbères, ce sujet passionne évidemment tout le monde :
- De grands yeux,
- Une belle chevelure,
- Une poitrine pas trop petite mais pas trop forte,
- Et pas de creux derrière les chevilles ! Celui là, il fallait le trouver ....
Quand les femmes trouvent que les hommes dansent bien elles viennent danser au milieu d'eux. Leurs fesses doivent bouger en cadence. Pour évoquer les charmes des femmes situés en bas de leur reins, si vous voyer ce à quoi je veux faire allusion, Lhoucine utilise l'image "d'une parabole qui doit capter".
Au sujet des hommes, la mère de Lhoucine lui a dit : " Tous les hommes sont beaux". Ce qui me rappelle les mots d'une grand mère de mon grand père qui lui disait : "Tous les hommes sont beaux quand ils travaillent".
Il y a aussi, le moment des histoires drôles.
Une seule :
Ne dites pas : L'institutrice prend l'avion, mais la maitresse décolle !
Le vendredi 8
Nous quittons le groupe qui doit faire une dernière journée de marche sur les bords de la rivière M'Goum.
Sur le chemin du retour vers Marrakech. C'est Abdou qui nous sert de guide. Il est prévu un arrêt à la Kasba du Glaoui. En deux mots le Glaoui était le Pacha de Marrakech, seigneur féodal qui régnait sur le Sud Marocain. Du temps du protectorat français, il avait fait alliance avec les Français pour résister au sultan Mohamed V. Ce descendant d'une grande tribu avait construit des Kasba pour contrôler le passage des caravanes et prélever des droits de passage.
En écoutant notre guide, je vois des juifs en kippa. Cela me surprend, j'interroge Abdou qui me dit que certains juifs ont pu récupérer les biens abandonnés par leurs parents lors de leur fuite en Israël ou dans les grandes villes. A Marrakech, le Mellah, ancien quartier juif comme il en existe dans toutes les villes, est maintenant habité par des populations arabes pauvres.
Abdou nous indique que : les berbères forment 75 % de la population marocaine et ils ne possèdent que 20 % des richesses. Dans le dernier discours du roi Mohamed VI, celui a enfin reconnu la place de la culture berbère. Espérons que cela n'est pas que de l'opportunisme.
Arrivés à Marrakech, nous retrouvons le ryad de départ, du thé à la menthe, une douche et nous retrouvons la foule marocaine de Marrakech. Clémence dévalise le souk ....
Nous retrouvons le Dar Mimoun, restaurant ou nous sommes allés à l'arrivée. Je prends un tajine correct mais il n'a rien à voir avec celui d'Aimagan.
Le samedi 9 Avril.
Nous revenons sur Paris, il fait beau, il y a du soleil à Paris. C'est bien agréable.
Le lien vers les mille photos .....
https://picasaweb.google.com/henri.lespinasse/Atlas?authkey=Gv1sRgCPapoKP-kJCuEQ&feat=directlink